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Les opportunités d’arbitrage

L'imagination au pouvoir !
Pour détecter les opportunités d’arbitrage, il suffit de regarder l’inflation. Elle est au plus bas, montrant qu’il y a un excès de capacité de production partout, sauf dans au moins trois domaines:
La santé
L’éducation
L’immobilier résidentiel.
où l’inflation est endémique.
Prenons l’exemple de la santé où l’intégration de l’internet et du monde physique crée une belle opportunité d’arbitrage, déjà saisie par Apple. Les données santé d’un individu sont éparses et mal connectées entre elles. Cela a des conséquences majeures sur sa santé: prévention insuffisante et retards dans les diagnostics, qui contribuent à l’inflation des coûts. Apple est en train de remédier à cela en créant un OS (l’application ❤️) de la santé intégré aux différents hardware qu’il propose ou va proposer: IPhone, Apple Watch, AirPods, Apple Glasses, Airtags (pour le traçage Covid), etc. Voici l’exemple d’une intégration qui pourrait changer la donne pour la santé. Apple pose ses briques une à une. C’est moins spectaculaire que l’annonce par les trois géants Amazon/JP Morgan/Berkshire Hathaway d’un joint venture destiné à régler la problématique de la santé mais je reste sceptique des grands plans. Un an après l’annonce, son charismatique CEO Atul Gawande a démissionné.
L’éducation est également un terrain fertile pour réaliser un arbitrage. Voici ce qu’en dit Marc Andreessen dans :
Nous avons des universités haut de gamme, oui, mais avec la capacité d'enseigner seulement un pourcentage microscopique des 4 millions de nouveaux jeunes de 18 ans aux États-Unis chaque année, ou des 120 millions de nouveaux jeunes de 18 ans dans le monde chaque année. Pourquoi ne pas éduquer tous les jeunes de 18 ans ? N'est-ce pas la chose la plus importante que nous puissions faire ? Pourquoi ne pas construire un nombre beaucoup plus important d'universités, ou agrandir celles que nous avons déjà ? La dernière grande innovation dans l'enseignement de la maternelle à la 12e année a été Montessori, qui remonte aux années 1960 ; nous avons fait des recherches sur l'éducation qui n'ont jamais été mises en pratique depuis 50 ans ; pourquoi ne pas construire beaucoup plus de grandes écoles de la maternelle à la 12e année en utilisant tout ce que nous savons maintenant ? Nous savons que le tutorat individuel peut augmenter de manière fiable les résultats scolaires de deux écarts types (l'effet Bloom à deux sigma) ; nous avons l'internet ; pourquoi n'avons-nous pas construit des systèmes permettant de mettre en relation chaque jeune apprenant avec un tuteur plus âgé afin d'améliorer considérablement la réussite des élèves ?
Marc Andreessen fait bien ressortir l’absence de créativité dans l’éducation depuis Montessori. L’école reste figée dans un modèle top down qui correspond de moins en moins à la réalité de ce qui est vécu après. Dans mes article et j’ai essayé de montrer la transformation de notre rapport à l’information avec internet:
Le monde d’abondance créé par internet renverse les lieux de pouvoir. Les institutions, dont les états, les entreprises, etc. ont été créées et légitimées pour gérer la rareté; elles concentrent l’information qui leur permet de réaliser ce dessein et de légitimer leur pouvoir. Les institutions sont dispensateurs du savoir, de la vérité et adoubent leurs experts. Leur pouvoir est assis sur une histoire invérifiable, considérée comme LA vérité. En distribuant l’information de manière parcimonieuse, elles gardent une longueur d’avance et cachent leurs turpitudes.
L’information circule différemment, l’éducation doit l’intégrer. Ce n’est plus tant la dispensation du savoir que la motivation et la curiosité de l’étudiant qu’il faut chercher, son regard critique, sa capacité à apporter et se distinguer au sein d’une communauté d’intérêt, tout ceci dans une relation de confiance avec le tuteur: on n’est plus dans une relation sachant/ignorant, mais de motivation par l’exemple. Ce n’est pas évident à grande échelle, mais de nombreux outils vont se mettre en place favorisant la création de communautés d’intérêt. La création d’outils pour créer des communautés explose comme l’indique ce tweet de Li Jin, ancienne de a16z:
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L’expérience du télétravail, liée au confinement a montré que les vieux modèles in situ pouvaient être challengés par de nouvelles manières de faire. L’internet va avoir un rôle central dans l’éducation, l’imagination est au pouvoir.
Enfin l’immobilier résidentiel doit être repensé. L’inflation ne concerne pas tant le coût de construction que la valeur des terrains. Le centre ville qui abrite la plus forte concentration du marché du travail, donc la plus grande optionnalité, s’envole. Dans un monde de taux zéro, le prix de l’optionnalité grimpe fortement, des flux futurs croissants valant théoriquement l’infini. Cependant, entre Covid-19 et télétravail, le besoin d’espace se fait cruellement sentir, la possibilité de s’agrandir devient possible en s’éloignant du centre. Les conditions sont réunies pour repenser l’immobilier résidentiel, non plus en lieu de consommation seul, mais en lieu de production et de protection. Pour approfondir le sujet, je vous conseille du sur la maison du futur. Elle montre comment la créativité peut s’exprimer dans ce domaine. Pour vous donner un avant goût, voici la maison post Covid imaginée par Venkatesh Rao et appelée the new old home (new parce que connectée, old parce que reprenant les fonctions de consommation, avec une dimension survivaliste, et de production:
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Le pouvoir est maintenant au créateur. Cela demande aux Big Tech de penser outil désormais plutôt qu’agrégation. Amazon l’a fait en premier, son organisation en “pizza teams” organise sa propre disruption en permanence. Apple le fait naturellement car c’est dans les gênes de la société (Cependant Apple a plutôt tendance à aller dans l’autre sens, celui de l’agrégation, avec l’Appstore). Google et Facebook sont des agrégateurs par excellence, pas des outils pour les créateurs. Google, bien que disposant de la plus impressionnante infrastructure informatique s’est laissé distancer par AWS et Azure: la culture Google est tournée individus, pas entreprises. Google se réservait son infrastructure pour satisfaire ses utilisateurs en bon agrégateur. Facebook est aussi en train de tourner casaque pour considérer le créateur. Comment comprendre sinon la nouvelle stratégie d’Instagram:
The Brew (28 mai 2020):
MÉDIAS SOCIAUX
Kylie Jenner est sur le point de devenir beaucoup plus riche
Hier, Instagram a annoncé qu'il testait de nouvelles fonctionnalités qui permettent aux créateurs de monétiser plus facilement leurs créations.
Les fonctionnalités
Après des années de chuchotements, Insta commencera à diffuser des publicités avant les vidéos de l'IGTV et à partager ces revenus avec les créateurs.
Les téléspectateurs auront également la possibilité d'acheter des "badges" sur Instagram Live pour montrer leur soutien.
Pourquoi c'est bon pour Kylie : Avant ces mises à jour, la seule façon pour les influenceurs de gagner de l'argent sur Instagram était de conclure des accords promotionnels avec des marques extérieures à l'écosystème Insta. Il n'y avait aucun moyen de monétiser directement leur contenu dans la veine du système de partage de révolutions de YouTube. Maintenant, il y en a un.
Pourquoi c'est bon pour Zuck : les influenceurs gagnaient déjà de l'argent sans l'aide d'Insta en demandant à leurs supporters des Venmos ou en faisant la promotion de leurs comptes Patreon. Maintenant que la filiale Facebook fournit un soutien en plus des filtres Lo-Fi, elle peut s'approprier une partie de ce commerce.
En résumé : Avec une augmentation de 70 % des vidéos d'Instagram Live entre février et mars, Zuck n'aurait pas pu mieux choisir son moment pour le lancement.
La guerre pour le nouvel internet va être fascinante à suivre: les dominants d’un côté cherchant à préserver leur conquête de l’utilisateur tout en procurant des outils aux créateurs. Vu la manière dont les créateurs ont été historiquement traités, toute fourniture d’outil sera perçue comme une tentative de normalisation des fournisseurs (par exemple les pages AMP de Google ou WebRTC dans Chrome pour la visioconférence), pour mieux les capter. Cette difficulté d’être des deux côtés à la fois donnera leur chance aux créateurs et aux fabricants d’outil indépendants. La question restera celle des pouvoirs publics. Seront-ils au niveau pour supporter la vague d’investissements nécessitée par la reconstruction de pans entiers de l’économie, comme la santé, l’éducation ou le logement, par des politiques budgétaires et monétaires audacieuses ?
Hervé de La Morinerie

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