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Escarmouches

Les positions sont bien équilibrées:
D’un côté les agrégateurs cherchent à 1/empêcher les développeurs d’avoir leur propre clientèle, 2/ monétiser leur puissante base de clients, 3/ capter les innovations potentielles les plus prometteuses en les copiant.
De l’autre des développeurs qui ont créé une machine culturelle à innover, cherchent leurs propres moyens d’accès aux clients (passant par la maîtrise du paiement, donc par le bon vieux site internet). Les développeurs peuvent utiliser leur forte communauté pour décrier un agrégateur et nuire à sa réputation dans l’œil du grand public (la plus grande crainte de l’agrégateur).

Et la lutte s’intensifie ces derniers temps. Le cas de Basecamp est révélateur des armes utilisées par les uns et les autres. Cette société a lancé une application de tri d’emails, nommée Hey. Pour éviter la taxe de 30% et garder le contact exclusif avec son client, Hey ne permet pas la souscription du service par l’AppStore, mais uniquement par son site. Apple, estimant que de plus en plus d’apps utilisent ce stratagème a décidé de bloquer la nouvelle version de Hey, jusqu’à ce que ce dernier autorise la souscription par l’AppStore. La réaction de Basecamp est tout à fait intéressante dans la mesure où elle montre bien que le fonds du problème est la captation du client par Apple et que la révolte gronde ! De Jason Fried, PDG de Basecamp:

Vendredi 19 juin 2020

Jusqu'à présent, la plupart des discussions récentes sur Apple, HEY, In App Purchase (IAP), les abonnements, l'App Store et la communauté des développeurs iOS ont porté sur l'argent. Une réduction de 30 % est-elle équitable ? Que diriez-vous de 15% ? Et si c'était 5% ?

Et certains se disent : "Pourquoi ne pas simplement avoir un prix spécial in-app qui est 30% de plus que votre prix habituel ? Il suffit de répercuter la taxe Apple sur les clients ?" Parce que là n'est pas la question.

Je ne nierai pas que l'argent, ou la vigueur, dans ce cas, est une grande partie de l'histoire.

Mais personnellement, en tant que propriétaire d'une entreprise, ce n'est pas seulement une question d'argent. L'argent fait les gros titres, mais il y a une histoire beaucoup plus élémentaire ici. Il s'agit de l'absence de choix, et de la façon dont Apple s'insère de force entre votre entreprise et votre client.

La plus grande entreprise du monde peut-elle vraiment décider de la manière dont des millions d'autres entreprises peuvent interagir avec leurs propres clients ? En fait, la politique d'Apple vous éloigne de votre client.

Lorsqu'Apple oblige les entreprises à proposer des achats In App pour être sur leur plateforme, elle dicte également les limites dans lesquelles vous pouvez aider votre client. Cela a un impact négatif sur l'expérience client et sur votre relation avec votre client. Cela peut carrément ruiner une interaction, nuire à votre réputation et vous coûter littéralement des clients. Elle nous empêche de fournir un service clientèle exceptionnel lorsqu'une personne qui utilise notre produit a besoin d'aide.

Je vous encourage à lire l’intégralité de l’article qui montre bien comment un agrégateur subtilise le client et vide l’innovateur de son oxygène. Basecamp se fait le porte-voix d’une portion croissante de développeurs:

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Et le très influent CTO de Basecamp sonne la charge:
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La charge a été efficace, Apple a dû plier lors de sa dernière conférence des développeurs. C’est un signe de l’excellente résistance de cette profession:
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Une deuxième illustration des escarmouches que se livrent développeurs et agrégateurs est l’exemple de MongoDB face à AWS. MongoDB est une base de données documentaire nouvelle génération open source. L’open source qui fait la force des développeurs est aussi leur faiblesse: un agrégateur peut facilement copier et s’appuyer sur sa base de clients pour les marginaliser. C’est ce qu’AWS a tenté de faire avec sa propre base de données documentaire DocumentDB. La réplique de MongoDB est d’exiger pour ses nouvelles versions que le copieur révèle l’intégralité de son code en open source. Cette exigence est rédhibitoire pour AWS qui doit s’accommoder d’’une ancienne version, laissant ainsi à MongoDB le leadership.

Le pouvoir des développeur, leur capacité de faire front et de “ringardiser” un agrégateur est clairement manifesté dans l’acquisition de Github par Microsoft en 2018. Avec Satya Nadella, Microsoft a compris que le standard propriétaire avait perdu de sa puissance, le relai ayant été pris par la base clientèle: Windows out, open source cloud in. Microsoft est devenu un agrégateur de clientèle entreprise auquel il cherche à vendre un maximum de services digitaux à coût marginal nul. Le problème est que les développeurs ne viennent pas quémander auprès de Microsoft, échaudés par la stratégie ancienne de “lock in” pratiquée par Windows. Microsoft a une image à réparer: son acquisition de Github, le plus important hébergeur de code open source au monde est un moyen de se faire accepter par ses 24 millions de contributeurs.
Microsoft a donc choisi la conciliation avec les développeurs, mais la relation reste ambiguë...La société n’a aucun scrupule à copier Slack ou Dropbox quand il s’agit d’enfermer le client dans son offre. Microsoft donne des outils aux développeurs et se fait indirectement financer sa propre innovation...Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd: Google voit dans cette attitude de Microsoft un moyen de se positionner sur le cloud: pour compenser sa faiblesse au niveau de la clientèle entreprise, la société joue à fonds les partenariats avec les développeurs indépendants, la carte de l’innovation.


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